Tuesday, August 20, 2013

Entretien avec Paul Halter










Il ya quelque temps, j'ai rencontré Paul Halter.
Le célèbre écrivain français, le seul ces derniers temps a réussi à recueillir l'héritage de John Dickson Carr, et le seul qui écrit des romans et des histoires courtes avec Salons verrouillés et des crimes impossibles, vit à Strasbourg: notre connaissance, donc, aggravé par correspondance.
J'ai connu Paul Halter par un autre de mes connaissances, John Pugmire, un autre grand connaisseur des locaux fermés et les énigmes littéraires, qui, depuis quelques années, entre autres choses, traduit, en anglais, les romans de Halter.
John que j'ai rencontré il ya plusieurs mois, après avoir lu certains de mes articles, en particulier ceux concernant la chambre fermée, at-il dit, et a commencé une correspondance. Merci à lui je suis entré en relation avec Paul Halter
Paul et moi nous avons échangé des impressions, il a voulu lire les articles que j'ai consacré à ses romans, alors je l'ai fait lire le dernier, consacré à la quatrième porte, qui est largement lu sur mon autre blog, l'un en anglais, et ils ont aimé. Depuis, nous avons écrit plusieurs fois, encore plus quand je lui ai dit que j'avais rencontré Igor Longo (qui à l'époque était celui qui me Halter et ses romans avaient introduit).
Un jour, je lui ai demandé s'il avait été en mesure d'accorder une entretien: il y avait longtemps que je voulais lui faire un, le mettre différemment des autres qui ont été faites au fil du temps, c'est-à interroger non seulement sur ses romans, mais également sur sa relation avec le Son travail, les amis, les passions, amours, sa vie. Il a immédiatement accepté, cependant, de souligner que, ne sachant pas exactement l'anglais parfaitement l'italien et non, il préfère parler en français
(traduction que j'ai fait personnellement).
L' entretien, cependant, n'a pas suivi le schéma habituel, qui est utilisé lorsque le défendeur est absent, qui est, envoyez applications en même temps, en s'assurant qu'il ne peut répondre à vos questions et retourner le tout à l'expéditeur, peut-être corriger quelque chose, mais en laissant tout inchangée: non ! Cette entrevue a été fixée différemment. En fait, en raison de ma curiosité infinie et sa gentillesse et sa patience (Paul Halter est un aimant, gentil et exquis.
Me demande pourquoi dernièrement, j'ai seulement rencontré des gens charmants, agréable et délicieux: John Pugmire, Roland Lacourbe, Philippe Fooz, Paul Halter), les réponses aux questions que je lui ai posées, ont généré plus de questions et puis d'autres réponses, laissant place à un correspondance dense qui a conduit, comme résultat final, la définition d'un portrait inédit de Halter, pleine de rêves, de la vérité, affirmations, négations.
Un portrait à 360 ° sera charmé (et parfois surprenante à certains égards même surpris moi!).


Bonjour, Paul.
Je vous remercie d'avoir accepté de répondre aux questions. Tout d'abord, nous voulons vous dire quelque chose, en bref: où vous êtes né, l'enfance, l'expérience de travail, l'amour, la lecture, les amis. Et surtout, comment avez-vous une belle journée pour décider de tenter votre chance à l'écriture?
Votre premier roman a été la malédiction de Barberousse. Vous avez écrit
à la veille de la compétition, ou vous aviez déjà pensé?



Je suis né à Haguenau, et j’y ai passé mon enfance, assez heureuse en ces temps bénis des années 60, sans subir nullement la terrible “malédiction de Barberousse”, bien que j’habitasse alors à 200 mètres de la Tour de Pêcheurs (lieu du crime principal de l’hitsoire). L’amour, les filles ? Bien sûr, mais avant cela, j’étais passsionné par la lecture, les mystères. J’ai dévoré tout A. Chrsitie de 12 à 16 ans. J’adorais aussi les séries télé anglaise (Chapeau Melon et Bottes de cuir)[1], puis j’ai entendu (en 70) la chanson Venus des Shocking Blue, et je me suis procuré séance tenante une guitare jusque j’arrive à jouer ce morceau. Ensuite, je n’ai plus lâché ma guitare (bals du samedi soir), jusqu’à environ 25 ans. Je me suis marié, j’ai mené une vie rangée, et j’ai rénoué alors avec mes premières amours : les romans policiers. Découverte de Dickson Carr à ce moment-là. Nouveau coup de foudre ! Après avoir lu de lui tout ce qui était disponible en Français, j’ai décidé de donner une suite à ces énigmes, et c’est ainsi qu’est née La Malédiction de Barberousse... J’étais très motivé et j’avais vraiment envie de faire quelque chose d’exceptionnel. Et j’ai écris dans la foulée La Quatrième porte, dans le même état d’esprit...  


Pourquoi La Malédiction de Barberousse, même si elle était votre premier succès, a dû attendre de nombreuses années avant d'être re-publié, tandis que La Quatriéme Porte, après avoir remporté un concours, il a été immédiatement publiés?

A propos de « Barberousse », il avait été prévu avec Le Masque que ce roman serait publié un jour, mais pas tout de suite. Le Masque voulait attendre que j’aie déjà une certaine notoriété avant de le publier. Je ne m’en souviens plus précisément, mais il est possible que la bonne appréciation de John [2] m’ait rappelé que ce roman était toujours en réserve et que j’en ai alors (1995) parlé au Masque qui a fini par le publier. Ce qui est sûr, c’est que je n’avais aucun « doute », car j’aime bien cette histoire, qui était en outre mon premier essai.

Votre deuxième roman était La Quatriéme Porte. Avec elle, vous avez gagné une première compétition majeure, et surtout il a été un succès. Le roman, comme tous vos travaux, présente les caractéristiques fixes: présente les défis impossibles (2 chambres closes), dispose d'un très charmant, et a un effet final.
Pourquoi ces caractéristiques sont d'une telle importance pour vous?

Oui. Pour moi, écrire une histoire de ce  genre relevait surtout du défi. (Souvenez-vous que j’étais alors sous bonne influence, après avoir lu les principaux Carr, mais aussi Robert Bloch et Fredric Brown).  Carr a dit : « Lorsque j’écris un roman, j’ai toujours envie de faire quelque chose d’exceptionnel, un livre qui frapperait tout les autres de nullité.[3] J’ai essayé d’appliquer cette méthode avec La Quatrième Porte. Il faut dire aussi que je venais de lire une biographie de Roland Lacourbe sur le magicien Houdini. Là, je sentais que je tenais mon sujet !  Car à sa manière, on peut le dire, Houdini était lui aussi un maître de « l’impossible ! ».   

J'ai souvent remarqué que vos romans contiennent des citations et des références à des auteurs et des œuvres qui ont eu un certain effet sur vous: Vos citations sont intentionnels ou non? Par exemple, l'histoire du pont de La malédiction de Barberousse, citant le récit éponyme de Hoch, ou références aux œuvres du passé dans le cas de La mort de derrière les rideaux: la retraite de L'assassin habite au 21 de Steeman, ou la figure de la vieille fille peuvent se référer à Murder is Easy d'Agatha Christie, ou de la présence du chat aux yeux, comme Poe, dans le final de L'image Trouble.

Je ne pense pas que soit vraiment intentionnel. Simplement, j’ai fait référence aux auteurs, aux livres que j’ai aimés, qui ont marqué mon enfance. L’histoire du Chat noir de Poe m’avait terrorisé, ainsi que le film de Clouzot (L’assassin habite au 21), ou encore Murder is Easy d'Agatha Christie comme vous l’avez justement deviné. C’est donc plus une question de plaisir personnel que de vouloir leur rendre hommage, même s’ils le méritent largement. Inconsciemment ou pas, je ne sais pas, j’ai voulu restituer ce que j’avais éprouvé en découvrant ces histoires ou ces films.  Je pense que vous pourrez retrouver d’autres références de ce type dans la plupart de mes romans. À vous de les trouver!  Et je pense que c’est assez facile, pour les gens comme vous qui connaissent bien leur « classiques »… 

Comment vous écrivez un roman? En d'autres termes, quelle technique utilisez-vous? Imaginez la fin de l'histoire et à partir de lui revenir en arrière, comme certains le font, ou vous faire une idée précise en tête, peut-être prendre des notes, comme il le faisait Agatha Christie et après vous écrivez l'intrigue, des lignes plus ou moins guide, ou même de commencer à écrire, et puis, comme vous écrivez, vous insérerez toujours de nouvelles modifications fondées sur les idées qui formeront dans votre esprit?

                                             Le cercle invisible             L'Image trouble
                                           

En vérité, je change souvent de méthode, surtout pour le point de départ, qui peut être n’importe quoi : une idée, une image, un défi, une discussion entre amis, un fait divers, où une chose bizarre qui m’est arrivée. Ainsi, pour « L’image trouble », je suis une fois tombé sur une couverture de livre qui m’a grandement ému, sans que je parvienne à en déterminer la raison. Cela m’a semblé être un bon début d’histoire, et j’ai la faiblesse de croire que cette « L’Image trouble » est assez réussie.
Néanmoins, j’ai quand même mes petites habitudes. Ainsi, j’établis toujours un plan très précis avant de commencer à écrire. Mais tout n’est pas défini, il faut laisser une part à la surprise, à l’improvisation. Et une fois que vous êtes lancé, de nouvelles idées affluent… J’essaye de les exploiter dans la mesure du possible. (Car il est difficile de changer de coupable en milieu de récit !)
Autrement, je prends des notes. Je les écris sur un bout de papier, que je mets dans une boîte (à chaussures). Parfois, je les relis, et j’assemble mes idées. Enfin, « l’atmosphère » est capitale. Cette notion, je dois l’avouer, provient souvent des mes lectures, des films qui m’ont marqué. À  cet égard, je dois beaucoup à Carr et à Christie. Je me dis que j’ai envie de faire une histoire comme « La Chambre Ardente », « Un Meurtre est-il facile », etc. En même temps, j’essaye d’innover, de trouver un nouvel éclairage pour une histoire policière. Ou encore, comme je le disais plus haut, la réflexion d’un ami peut m’apporter beaucoup. Un jour, Igor Longo, qui feuilletait une BD de Ric Hochet, (Le Double qui tue), m’a dit : C’est une excellente histoire de bilocation. Tu ne l’as jamais utilisé cette idée comme thème principal. Et c’est ainsi qu’est né « La Corde d’argent » (au passage, je salue et remercie vivement  Igor pour son intervention !)
Mais il y aurait encore beaucoup de choses à dire !  La conception de chaque roman a une longue histoire ! Le regretté Fredric Brown disait qu’il faudrait 100.000 pages pour décrire par le menu l’élaboration d’un livre qui en fait 250 ! Et ma foi, il avait  bien raison !

Dans votre carrière littéraire, combien de poids ont des écrivains tels que Carr, Christie, Rawson, Chesterton, Doyle, Talbot? Et qui d'entre eux pesaient plus que les autres?

L’influence de Carr et de Christie, est énorme, vous l’avez bien compris. Et cette de Doyle aussi, bien sûr. Rawson et Talbot sont venus plus tard. Mais de ces deux derniers, je n’ai jamais cherché à reproduire quelque chose. Leurs intrigues sont excellentes, mais il manque la British’s Touch, l’atmosphère, le sens du bizarre. Et à propos de « Bizarre », le maître du genre, est indiscutablement Chesterton (qui a grandement influencé Carr à cet égard).
Le « Bizarre » est aussi une situation impossible de premier ordre. Ici, l’impossibilité est le comportement humain. Pourquoi untel mange-t-il son chapeau à la sortie de la messe ? Là aussi, nos cellules grises sont mises à rude épreuve pour donner un sens à ces « absurdités ». Pour moi, par exemple, « Le Club des métiers bizarres » est un sommet, surtout la première aventure du major.  

Et les auteurs français, quelle est l'influence qu'ils ont eu sur vous? Qui d'entre eux a exercé une grande influence? Et ce sont leurs œuvres vous ont particulièrement marqué?

Sans grande originalité, je vais citer Gaston Leroux, et son fameux « Mystère de la chambre jaune », que Carr estimait beaucoup, avec raison. Il y a à peu près tout dans ce roman : les crimes impossibles, les masques arrachés, les coups de théâtre inouïs, etc. J’ai lu cette histoire assez jeune et c’était sans doute ma première véritable « chambre close ». J’ai découvert Arsène Lupin par la suite, en feuilletons télévisés. C’était plus léger, l’humour prenant le pas  sur le mystère, même si ce dernier était parfois de qualité. Concernant Vindy et Lanteaume, je ne les ai lu que tardivement. C’est bon techniquement, mais ça manque cruellement de romanesque (Même remarque pour Boileau). Dans un livre comme  A travers les murailles , il manque vraiment quelque chose. Pour moi, Le Mystère de la Chambre jaune est nettement supérieur. Enfin, je l’avoue, c’est là un point de vue purement personnel. C’est à peu près tout ce que je peux dire des auteurs français. Mon « lait maternel » étant indiscutablement les intrigues d’A. Christie dans la fameuse collection jaune du Masque. Une collection mythique, et jamais je n’avais imaginé qu’un jour je puisse faire partie de l’écurie ! Et jamais non plus je n’avais imaginé que le Masque suive la déviance « noire » d’aujourd’hui… Mais ceci est une autre question.  

Vos finales sont souvent bizarres et sont conçus comme un coup de théâtre, en reprenant la tradition anti-réaliste et surréaliste d'auteurs français comme Leblanc, Leroux, Steeman, Boileau, Narcejac, Vindry. Très souvent, j'ai remarqué que vos romans - et c'est pourquoi je les aime - sont des visionnaires, ils font le saut de fantaisie, sacrifier le réalisme et la logique des romans d'anglo-saxon à cela. Rappelez-vous, il est une caractéristique typique des romanciers français, en particulier celles que j'ai mentionnées (à l'exception peut-être Vindry qui est plus liée à Carr et Simenon qui est l'application de réalisme et le refus du surréalisme).
Quel est le poids de l'imagination, dans vos romans, par rapport aux autres ingrédients (déduction, la tension, l'atmosphère)?
Et l'atmosphère, ce qui est toujours très impressionnant, est le résultat de quelque chose en rapport avec le style ou est-ce quelque chose d'inné en vous?


Le gros problème, pour un roman policier, est que la magie du mystère cesse d’opérer à la fin, lorsque tout est expliqué par le menu. Il faut donc trouver un truc pour que le charme opère toujours. Le meilleur exemple reste à mes yeux la fin de La Chambre ardente de Carr. Autrement dit, trouver un truc pour accréditer le fantastique après les explications finales. Comme définition du roman policier, Pierre Véry parlait de “conte de fées pour adultes” et je sourscris à cette affirmation sans la moindre réserve. Pour les petits enfants que nous étions, ces histoires de sorcières, de fées et de dragons étaient une véritable école de préparation au roman policier ! Et inconsciemment, je crois que j’essaye de retrouver ces premièrs frissons en écrivant mes histoires. Le thème du conte de fées est toujours au moins sous-jacent. Dand “L’homme qui aimait les nuages”, c’est même manifeste. L’héroine semble être une fée, tandis que le coupable est le “vent”.

Pour ce qui est de l’atmosphère, je ne sais pas si c’est inné, en tout cas, ce me semble indispensable pour écrire une bonne histoire. Et tant que je ne la “sens” pas, pas question pour moi de commencer mon récit.     


Vous êtes français, mais pas seulement. Dans votre éducation littéraire, il a seulement joué un rôle dans votre héritage français ou même l'Alsacien

Français, oui, mais comme je l’ai expliqué plus haut, j’ai surtout été sensible aux textes policiers anglais. Pour l’alsacien, cela se retrouve uniquement, je crois, dans La Malédiction de Barberousse. Ne dit-on pas souvent d’un auteur que son premier essai est autobiographique ? Bien sûr, j’aime ma région natale, mais je suis aussi passionné d’exotisme. Et ce n’est sans doute pas là mon seul paradoxe…  

Je me souviens d'une fois Igor a fait une distinction entre les deux principaux groupes de mystère: les expérimentaux et les classiques. Les écrivains expérimentaux sont ceux qui n'aiment pas être enfermé dans une formule, les auteurs sont ceux, cependant, qui explicitent, divers, clichés qui ne diffèrent pas en multipliant les énigmes et les mystères. Il vous a mis dans le premier groupe (Christie, Queen, Halter, Leroux, Steeman), et non pas plutôt dans le second (Stout, Rhode, Van Dine, Marsh, Sayers, Crofts, et en partie la même Carr). Qu'en pensez-vous?

Tenant Igor en très haute estime (sa culture policière est vraiment prodigieuse), je me permettrai donc pas de le contredire. D’ailleurs, j’ai souvent envie d’écrire mes histoires avec un éclairage neuf. Avec succès ? Je ne sais pas… J’ai toujours l’impression de bien faire, mais mes lecteurs, parfois, ne partagent pas cet avis. En vérité (et c’est cela qui est formidable dans le métier de romancier), je fais vraiment ce que je veux dans mes histoires. Je prends plaisir à les écrire. D’ailleurs, comment produire quelque chose de convainquant  si l’on n’est pas soi-même convaincu ?   

J'ai remarqué qu'il ya des thèmes récurrents dans vos romans: les enfants et les jeunes par exemple (l'enfance), le macabre, la folie. En particulier, à la différence par exemple les romans de Carr ou Ellery Queen ou Agatha Christie ou Van Dine habituellement les tueurs sont toujours soumises ordinateurs, intelligents, parfois victimes, mais toujours en pleine possession de ses facultés, vos tueurs sont souvent victimes de la folie, la folie, l'amnésie, c'est à dire les sujets avec la tare de l'esprit, presque au fond n'étaient pas responsables de leurs actions. Qu'en dites-vous?

Oui, j’aime le thème de la folie. Cela permet de présenter des mobiles variés et surprenants. Les problèmes psychologiques liés à l’enfance (en évitant le sacro-saint viol de l’oncle si possible !) sont également intéressants. Je dirais que mes criminels sont souvent “obsédés”, par une passion, une phobie, etc. Pour être plus précis, il faudrait que je détaille chacune des mes histoires, mais je laisserais au lecteur le soin de les découvrir par lui-même. 

Et maintenant, nous analysons vos fixations: valises, peinture, rideaux, par exemple, présentes dans divers romans. Comment sont-ils nés? Il ya d'autres fixations?

                                           La lettre qui tue              La chambre du Fou

 Un lecteur m’a jour fait la remarque que la plupart de mes titres comportaient souvent des éléments d’architecture et des chiffres, voire les deux : La Quatrième porte, La Chambre du fou, La Septième hypothèse, les Sept Merveilles du crime, La Mort derrière les rideaux, etc. Je n’en étais alors pas conscient. Je pense que les chiffres apportent un élément de mystère par eux-mêmes. Et même remarque pour les « portes » et les « fenêtres ». Une porte entrouverte, une fenêtre éclairée la nuit… ce sont là des éléments propres au roman policier. Et à cet égard, je me situe dans une veine résolument classique. Les ruelles, les maisons sont pour moi des éléments vivants, elles ont une âme. Bien sûr, la magie n’opère pas dans une banlieue moderne. Mais ceux qui ont lu Jean Ray, par exemple, comprendront très bien ce que je veux dire.

Dans vos romans, parfois, vous trouvez des caractérisations sociaux et culturels: j'ai peut-être mal compris, mais parfois j'ai vu votre refus de l'avortement, un de vos condamnation de certaines attitudes libertaires éthiques. Fondamentalement, pour moi, vous êtes essentiellement un croyant, catholique ou protestante n'a pas d'importance. Mais vous n'êtes pas agnostique. Et dans un sens, vous êtes aussi un traditionaliste. Ces vos valeurs, en un sens, par opposition à ceux qui sont les tendances culturelles et de la vie sociale, et même votre genre littéraire (Mystère) à un moment où Noir sont à la mode, vous avez des ennuis?

En effet, je suis très traditionnaliste. J’aime toutes les traditions, toutes les époques. Toutes, sauf une : celle d’aujourd’hui. La caractéristique de notre siècle est indiscutablement la laideur, qu’on décline sous toutes ses formes (musique, architecture, idées subversives etc.) Il m’est physiquement impossible de suivre cette mode. Il me faut un décor pittoresque (donc traditionnel) pour développer une histoire. Je dois sans doute faire figure de fossile aux yeux de nos critiques littéraires, mais tant pis. Un auteur doit être honnête avant tout.  Ayant écrit aujourd’hui une quarantaine de romans, je considère avoir apporté ma pierre à l’édifice de l’énigme. Quant au reste…

J'ai lu dans une autre interview que la comparaison avec certaines personnes, sont nés certains de vos romans: par ex. Vous avez dit dans le passé que La toile de Pénélope était la réponse à Philippe Fooz vous au défi d'inventer une enceinte fermée, où il y avait une toile d'araignée. Et j'ai plutôt pensé qu'il s'agissait d'une citation, d'un roman de Abbot et de Townsley Rogers...[4]
Vous avez produit d'autres romans, établis sur la base de la comparaison avec d'autres personnes? Quelle est l'influence et l'importance ont vos amis dans votre vie?

Je précise : l’idée de « Le Toile de Pénélope » ne vient pas de Philippe Fooz, mais de Vincent Bourgeois, un autre de mes amis belges. C’est à mes yeux une idée sublime, que j’ai aussitôt exploité dans le cadre d’un roman. J’en profite ici pour le remercier une fois encore, tout en précisant que les « idées » fournies par les amis sont rarement exploitables. Mais il faut quand même citer Roland Lacourbe, qui lui, m’a fourni quantité de sujets intéressants, de situations bizarres, et qui a surtout su stimuler ma passion du mystère grâce à son exceptionnel talent de conteur. C’est lui, entre autres, qui m’a inspiré l’idée de La Septième hypothèse, en me résumant l’histoire du « Meurtre des Mille et Une Nuits » de Carr. Certains lecteurs ont d’ailleurs fait avec raison l’analogie entre mon médecin de la peste et le « prophète barbu » de Carr.    
  
Dans vos romans abondent chambres closes, mais aussi des éléments surnaturels. Partagez fondamentalement les mêmes idées de Carr. Mais entre vous et Carr il ya une différence fondamentale: les intervient surnaturels dans Carr s'arrête là où les détectives, et l'expression de la logique et le rationalisme (sauf devant The Burning Court et en quelques histoires courtes), dans vos romans, cependant, il est dit que le surnaturel ne survit pas. Dans vos romans, le monde des vivants et le monde des morts sont souvent intimement liés. Pourquoi?

Je crois que cela provient de mon attrait du passé. J’aime quand une énigme plonge ses racines dans un passé mystérieux, sinistre, fait référence à une affaire qui se perd dans l’imprécision du temps. L’enquête devient alors presque le travail d’un archéologue. Il faut dire aussi les croyances étaient bien plus ancrées dans les périodes reculées. Cela permet également de plonger une histoire plus facilement dans le surnaturel. Les mystères anciens me fascinent… Je donnerai gros pour pouvoir disposer d’une machine à remonter le temps, et de régler, par exemple, les commandes sur l’automne 1888, dans le quartier Whitechapel. Je pourrais ainsi démasquer le sinistre Jack l’éventreur…  

Depuis dans La Quatriéme Porte, vous mettez une profusion d'éléments fantastiques, et essentiellement vous laissez en attendant la réincarnation de Harry Houdini (comme dans The Bourning Court, Carr introduit à côté de la solution rationnelle, le surnaturel), et depuis dans de nombreux autres vos romans, vous mettre d'autres thèmes de la littérature de fantasy, par exemple, le paradoxe temporel dans L’Image trouble (comme Fear, Burn! par Carr), vous pensez que vous êtes juste un auteur de romans policiers, ou même un auteur de romans de fantasy?

Je pense être dans la catégorie des auteurs classiques de romans policiers, puisque en somme tous les éléments fantastiques de l’histoire sont toujours expliqués à la fin, comme par exemple le paradoxe temporel dans « L’image trouble ». Or celui de Carr, dans « Fire, Burn! », lui, ne l’est pas. Cependant, il m’est également arrivé de conserver un aspect fantastique dans un ou deux de mes romans, comme « Le Chemin de la lumière », avec un aller-retour dans le passé. Il s’agit là sans nul doute d’un roman fantastique, même si les autres mystères sont expliqués (le meurtre de la méchante prêtresse minoenne dans son temple entouré de sable vierge).
Il faut quand même souligner que le surnaturel, même s’il n’est qu’apparent, reste un élément primordial de mes histoires, comme chez Carr. En cela, nous nous distinguons de la plupart des auteurs de romans policiers. Nous aimons, plus que les autres, les histoires de fantômes. Car en fait, un problème de chambre close n’est rien d’autre qu’une histoire de fantômes, car eux seuls peuvent franchir les murs. Et à la réflexion, un « mystère » n’est-il pas en soi une chose inexplicable ? Ainsi, ne pourrait-on pas nous définir comme des « auteurs de mystères » ?

Très souvent, vos romans sont racontés à la première personne, plutôt que dans le troisième. Cela va évidemment à résoudre le problème de la vérité de ce qui a été dit par le narrateur, et que cela peut aussi être la meurtrière (qui se passe dans certains de vos romans, plus d'un). Vous prenez le récit à la première personne (quand il arrive), pour cette raison, ou vous le faites pour une autre raison?

Simplement, c’est une technique de narration, doublé d’une éclairage particulier pour le récit. L’utilisation de la première personne rapproche le lecteur du narrateur. Mais la troisième personne facilite les descriptions annexes. Evidemment, il faut faire une choix. Cela est fonction de l’histoire. Et je donne toujours  la priorité à l’histoire.

L'utilisation de la première personne,  identifie le lecteur dans le narrateur, dites-vous.
Nous sommes d'accord. Mais l'adoption de cette procédure, en vous, ce n'est qu'une question d'ordre technique, ou est l'influence d'Agatha Christie êtes-vous?

Sur ce plan aussi, je subis l’influence Agatha Christie. La découverte du coupable dans « Le Meurtre de Roger Acroyd » avait été pour moi une énorme surprise. Mais on oublie trop souvent que A.C. a récidivé avec « La Nuit qui ne finit pas » (Endless night). Un très bon roman, qui lui aussi m’avait marqué en son temps. Et je crois aussi que le fait d’écrire « JE » en parlant de l’assassin procure aussi quelques agréables frissons au romancier. Si je m’écoutais, tous mes récits auraient le narrateur comme coupable ! 

Quelle valeur ont les traductions de votre travail, de votre succès à l'étranger? Avec vos traducteurs, vous êtes seulement des relations de travail ou même entretenir des relations amicales (oui je sais)? Quel est le niveau de la deuxième traductions de vos romans teil? Et en particulier en Italie, quelle est votre relation avec Igor Longo? Combien de temps avez-vous connu?

En général, il n’y pas de lien entre le traducteur et l’auteur, mais pour Igor Longo et John Pugmire (USA), c’est différent. J’étais en contact avec John avant qu’il ne se mette à traduire mes livres. C’est un passionné d’énigmes en chambre close, comme Igor, d’ailleurs. A mon avis, Igor est un des plus grands spécialistes mondiaux de la littérature policière. Je l’ai rencontré peu de temps après ses premières traductions, lorsqu’il était en voyage à Strasbourg. Ce sont désormais tous deux des amis, et je leur doit beaucoup. Tous deux ont grandement œuvré pour l’énigme classique. Et je profite ici de l’occasion pour les remercier très chaleureusement. Puisse les dieux des chambres closes les bénir !    

Aujourd'hui, quelques auteurs écrivent mystère (sauf au Japon).
Je sais que votre position à l'égard de la littérature de noir et je n'aime pas refaire la même question. Je voudrais savoir si vous avez rencontré des difficultés en France avec les éditeurs de la publication de vos romans, en tenant compte de la grande majorité des auteurs de Noir, et si vous avez rencontré une résistance à accepter le mystère au lieu du roman noir. Et si vous pensez qu'il ya une différence entre le mystère historique et le mystère pur, puisque tous les écrivains écrivent aujourd'hui mystère historique: évidemment il ya une abondance d'historique, de nos jours!



Honnêtement, non, je n’ai guère rencontré de problème de publication dès lors que j’avais reçu les prix Cognac et le prix du Roman d’aventures. Et étant donné que j’étais publié aux éditions du Masque, symbole français du mystère, je m'estimais en parfait accord avec cette collection, où j'ai quand même fait paraître 35 romans (si mes souvenirs sont exacts.) 
Concernant les romans policiers historiques, j'en conviens, c'est devenu une mode depuis un certain temps. Je ne pense pas que la plupart des lecteurs apprécient les détails sociaux ou historiques qui y sont développés. Si je veux me renseigner sur la vie des Romains ou des Grecs des temps antiques, j'achète un livre d'histoire. 

Cela dit, je ne mets pas tout dans le même panier. Il y a de bonnes surprises. Et j'en reviens encore à ma chère A. Christie, qui nous avait offert un superbe ouvrage situé dans l'Egypte antique (en français : La Mort N'est Pas Une Fin).

C'est une bonne histoire, qui est rehaussée par l'ambiance, la magie de l'Egypte antique. A.Christie n'est pas tombée, et de loin, dans le piège de la peinture sociale. Ses priorités sont comme toujours : le roman, l'histoire, les personnages. Il m'arrive souvent de relire un roman d'Agatha Christie, et c'est toujours avec le même bonheur. Le jour où je serais fatigué de ses histoires, je serais fatigué de la vie!
  
Vous avez 57 ans, et vous pouvez dire " j'ai écrit près de 40 romans ".Vous écrivez un roman par an, nous pouvons dire. Le dernier était , La Tombe indienne .
Vous ne me vint pas à écrire des histoires pour enfants tout comme Jo Nesbo et italien Giulio Leoni?
Et pourtant - et mettre fin à cette grande interview - ce que vous faites, ainsi que l'écriture de romans? Travaillez-vous sur un autre roman?
Nous vous remercions de votre temps et de l'attention que vous avez indiqué

Non, je n’envisage pas d’écrire régulièrement des romans pour enfants. “Spiral” était une exception, une commande du directeur de collection, qui m’avait déjà sollicité pour une autre série (La Nuit du Minotaure). Il y a trop de contraintes, je préfère ecrire des histoires pour les “grands”!
Actuellement, je suis en train de relire le roman que viens de terminer (Le Masque du Vampire – titre suscpetible d’être modifié). Après quoi je vais oublier quelque temps les “chambres closes”, afin de mieux me ressourcer, de faire autre chose (musique, aquarelles, randonnées)  comme j’ai l’habitude de le faire après avoir achevé un ouvrage.  Et pour conclure, qu’il me soit permis de paraphraser le regretté John Dickson Carr : “Si mes lecteurs prendront autant de plaisir à me lire, ne serait-ce que de moitié, que moi en écrivant mes histoires, je serai comblé !”

Pietro De Palma




1Bowler hat and Leather boots” (=The Avengers).
2 John Pugmire m’a dit : “The first novel Paul actually wrote was La Malediction de Barberousse… No sooner had I said that than Paul authorized Le Masque to publish it, based, he said, on the fact that I liked it. It came out in 1995”.
3« Mon intention est toujours d'écrire un roman policier véritablement exceptionnel, ce à quoi en toute honnêté j'estime ne pas être encore parvenu. Quand un auteur de mon espèce déclare une chose pareille, il veut en réalité dire qu'il souhaite écrire un roman policier qui frappe tous les autres de nullité. C'est là bien entendu quelque chose d'impossible. Mais on peut toujours essayer. » (Roland Lacourbe, John Dickson Carr, scribe du miracle - Inventaire d'une oeuvre, pag.25)
4 Pendant l'entretien, j'avais dit à Paul que je me suis levé un doute, que l'idée de la toile d'une araignée (dans La toile de Pénélope) peut-être qu'il avait pris ses deux romans: « About the Murder of a Startled Lady » par Anthony Abbot, et  « The Hanging Rope » par Joel Townsley Rogers. Paul Halter répondit : Comme je vous l'ai dit, l'idée vient de Vincent Bourgeois, qui pensait - j'en suis sûr - sincèrement qu'elle était tout à fait originale. Igor lui-même le croyait aussi après avoir lu La Toile de Pénélope. Puis, dans un autre moment, at-il ajouté:
Juste ce petit mot pour vous dire que, chose incroyable, j'avais dans ma bibliothèque les deux livres que vous avez cités. Ce sont les noms en anglais qui m'ont trompé!
Ainsi, The hanging rope, de JTRogers est : Cauchemar d'une nuit d'été. Je l'ai relu séante pour constater que, en effet, une des issues (immeuble voisin) était bloquée par une toile d'araignée ! J'avais lu ce livre fin des années 80 et vraiment je ne me souvenais plus de ce détail. 
Quant à About the Murder of a Startled Lady, le titre français est "La femme qui disparaît". Celui-là, je l'ai lu il y seulement 3 ou 4 ans. Je me souviens d'aucune toile d'araignée dans cette histoire... Mais chose incroyable, c'est cette histoire qui m'a inspiré mon dernier roman qui vient de paraître sur Amazon : LA TOMBE INDIENNE... 
En tout cas, je note au passage votre grande érudition du roman policier classique.
Le court roman de Rogers fait partie d'une collection éditée par Robert Adey & Jack Adrian, «L'art de l'impossible» (P.D.P.)






4 comments:

  1. La photographie inédite (qui montre l'écrivain au premier plan, en face de la pyramide de Palenque), m'a été donné par Paul récemment. Paul, nous devrions nous attendre un votre prochain roman, réglez chez les Mayas?

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  2. Merci Pietro pour cette belle interview.
    It might be "robbing Paul to pay Pietro"...

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  3. "le seul qui écrit des romans et des histoires courtes avec Salons verrouillés et des crimes impossibles"

    heu excusez moi mais là c'est n'importe quoi

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